On bavarde, on discute, on parlemente et l'on critique aisément. En revanche,
parler reste un exercice difficile à mettre en place. Plus particulièrement quand il s'agit de débusquer un non-dit avec l'un de ses proches.
Pourtant, de Messmer (Frantz-Anton) à Freud (Sigmund), les médecins, les philosophes comme les mathématiciens enjoignent tout humain à prendre la parole quand il en éprouve la
nécessité. Néanmoins, le manque de confiance ajouté aux complexes bloquent souvent cette faculté. Or, à la lecture de certains sites, blog et autres articles, on lit
qu'il convient tout bêtement de dire les choses telles qu'on les ressent. C'est simple, enfantin.
C'est le credo de nombre de communicants. Allez, un peu de souplesse pour abolir d'un coup de baguette magique tout ce qui entrave l'existence et pouvoir avancer en souriant, parler dès
lors pour de
« vrai » sans bavardage inutile, aller directement à l'essentiel, et hop ! la partie se voit ainsi d'emblée réussie.
Aristote et sa maïeutique peuvent aller se rhabiller, aujourd'hui on accouche de ses idées comme on respire une simple goulée d'air frais. Évident non, mon cher Watson, comment n'y
avoir pas songé plus tôt ?
Parler reste un art se nommant rhétorique et consistant à manier le mot juste à sa juste place. Cet exercice, simpliste pour d'aucun, relève du grand art. De cet art
oral (donc rhétorique) revenant – très étonnament – presque naturellement quand il existe une écoute bienveillante à son propos.
Communiquer et dire, certes ; être entendu pour exprimer clairement sa pensée reste la clef d'une communication efficiente.
Il n'empêche, malgré mes diverses casquettes, chercheure, littéraire, conseil stratégiqueet communicante, confier mes pensées à des inconnus m'est terrifiant.
L'effet est saisissant, je l'avoue. Écrire un livre me paraît bien moins intimidant. En effet, je crée mes personnages. Là, vous lecteurs, chefs d'entreprises, communicants, hommes et
femmes au foyer, étudiants, chômeurs, politiques , artistes, etc... me lisez, critiquez, pensez...
Cet échange virtuel, donc par essence incertain, tient un peu de la sorcellerie voire de la magie (noire, bien sûr.)
En fait, en rédigeant mes articles, à chaque mot je me pose la question de savoir si oui ou non ce que j'écris vous plaira à vous lecteurs de tout horizon.
Curieuse démarche que d'échanger par l'intermédiaire d'un écran. J'apprends peu à peu : plus tard, j'ose espérer que cela me sera aussi simple que de
vous parler de visu.
Courte bibliographie.
Fromm (Erich), Le Langage
oublié, introduction à la compréhension des rêves, des contes et des mythes, Paris-Genève, Payot, rééd. 2002.
De Certeau (Michel), Histoire et psychanalyse entre
science et fiction, Paris, Gallimard,
1998.
Bellemin-Noël (Jean), Psychanalyse et littérature, Paris, PUF, 2002. (Édition revue et augmentée.)
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