Lundi 14 décembre 2009 1 14 /12 /Déc /2009 14:05

                                        

                                                                                                               



Après l'exaltation des débuts est venu le moment du doute, puis celui des grands moments de solitude où la honte se fait jour, accompagnée de questions existentielles de type :

- "Pourquoi ai-je dit oui ?  Je  n'aurais jamais dû accepter ce marché, je ne suis pas du tout faite pour ça.
Je ne suis pas et ne serais jamais à la hauteur. Je suis parfaitment ridicule, d'ailleurs j'ai rougi, je dois être écarlate [liste   non exhaustive]"
 
Après la pluie, le beau temps.où se lève un petit souffle neuf  : c'est le printemps, le ciel s'éclaircit et... voici le temps de la reprise de confiance en soi.
Enfin, arrive le plaisir de voir Eo-InvEniO, Communication Stratégique et Événementielle, démarrer pour venir fêter très dignement ses un an.  

Après, ainsi que je l'avais écris, la folie de débuter en temps de crise économique , est arrivée la joie de travailler avec des personnes qui me ressemblent un peu, et dont le trait de caractère commun est le fait d'être hors du commun.

Normal certes, mais quand même !  Avec quelques arrangements...

Ils se prénomment  Jean-Claude, Henri et Jef , dits les trois G.  
Trois beaux hommes complémentaires travaillant dur pour  populariser  la musique de  Jean-Sébastien  Bach  au travers de musicnes et chanteurs baroques. Ils ont créé   le festival de Musique Baroque Bach en Drôme des Collines  (www. Bachendrome.fr), où ils invitent Thierry Escaiche, Magali Léger, Marie-Claire Alain et tant d'autres interprètes de renommée internationale. Sophie en est l'attachée de presse et je tiens les rênes (c'est bientôt Noël!) de la communication.

Sophie, la bosseuse rigoureuse, classe, tenace et drôle.
Nous ne connaissions pas il y a un an, nous avons appris à  travailler ensemble; à partager nos doutes et nos bonheurs.
A rire des situations embarrassantes, et à avoir des envies projets communs. 
Entre l'Agence Elercy-presse et Eo-InvEniO la complémentarité est absolue.
 Remercier Sophie ce serait un peu remercier mon autre moi, mais comme il s'agit bien d'elle, et c'est toute la différence,
 Merci Sophie, à deux on va plus loin, on ose plus, et ça fonctionne.

Son prénom est Isabelle, sans elle je n'aurais pas eu ma première corporate [en bon français, comme il se doit! ]
Avec Isabelle, le respect se décline par un voussoiement respectueux et peu contrôlé. Nous avons pourtant  tenté le "tu" qui donne un résultat aussi seyant que celui de mettre un tablier à une vache.

Pascal possède un parcours auprès duquel le mien fait pâle figure. Bel homme lui aussi, une tête bien faite, bien pleine. avec c e genrede personne, inutile de frimer, il vous déboulonne la frime à mille lieues allentours.
Me voici donc par son intermédiaire et par celui de Sophie entrée dans le monde de la grande distribution, ce par une voie peu connue : celle d'une source.
Leroy Merlin Source. Allez voir le site http://www.leroymerlinsource.fr/touslessavoirsdelhabitat/ pour ce qu'il propose et  pour ce qu'il met en place : surprenant, intéressant, inattendu et pertinent.  

Eo-InvEniO a eu un an,  son heureuse créatrice sourit béatement et  trime bien. 

Ces "un an"  me révèlent le plaisir de travailler avec des personnes intelligentes : Le bonheur.

Par Eo-InvEniO Communication - Publié dans : Communiquer - Communauté : MARKETING
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Dimanche 17 mai 2009 7 17 /05 /Mai /2009 18:19

EXPERTS ES....


Toujours  impressionnée par l'aplomb d'excrosperts  es données économiques aussi arbitraires que fantaisistes, je me suis longuement penchée sur leurs discours issus de leurs lèvres charnues.

Ils sont experts en sciences économiques, stratégie du marketing, stratégie financière [...] 

 Je suis ainsi : à mes moments perdus, j'analyse le pouvoir des mots sur les personnes.

Ces dits experts en mettent plein la vue à des chefs d'entreprises crédules gobant, à qui mieux mieux,  leur manque de bon sens. 
Les excrosperts expliquent avec un sérieux tout télévisuel que le CAC 40 s'effondre et qu'il convient aux dirigeants (et surtout inversement : les politiques et dirigeants servent des excrosperts pour dire au bon peuple...)  de prévenir leurs clients sur un fait certain :  ils devront mettre la main à la poche pour renflouer les banques (privées!). Ou encore, que la récession n'existe pas (cf . mon "coup de colère" du 16 mars dernier) voire aussi que tout va bien à 3000 chômeurs / jour etc... 

L'horrifique de cette situation est la crédulité. 

En effet, se joint à cette escroquerie à grande échelle, la naïveté populaire face à une rhétorique huilée composée d'une dialectique  fausse. Celle  dont abusent les stratèges biens pensants. Ceux servant la soupe d'actionnaires inconnus gouvernant les grandes entreprises.  

 L'horreur de cela est que les employés, tous même ceux qui aimeraient bien pouvoir faire autrement,  pensent de manière similaire.
La  propagande pseudo-économiste-marketing-récession est forte et bien menée.

Littérature et propagande

Il est question ici  de dialectique, de mot,  de sens,  de philologie et   de concept. Or, à la prononciation du terme littéraire,  à l'écoute de cette litanie   ( stylistique) les personnes croyant mot pour mot les experts en singeries linguistiques vous rétorqueront plein de morgue  :

- "Mais pourquoi  parles-tu  littérature ? on est dans des données sérieuses, concrètes, pas dans le rêve.  Enfin, l'industrie, la politique, la géopolitique ce  n'est pas un roman : il s'agit là de pourcentages, de marketing, de  finances  et de la bourse  ! "

Ah ?  Serait-ce ma blondeur encore enfantine qui aurait fait de moi une Bécassine au pays des requins?
Ou seraient-ce les requins qui se seraient peu à peu usé les dents sur la rhétorique changeante du monde politique et financier ?

L'étrangeté de la situation provient d'un fait : Les escrosperts  utilisent une langue avec laquelle ils communiquent entre eux, sorte de signaux compris en premier temps d'eux seuls et des linguistes, journalistes, romanciers, littéraires et hommes et femmes de bon sens. Puis, dans un second temps leur idéologie se  précise, ils  dévient le sens d'un mot et lui  en donnent un nouveau qui sera repris immédiatement sur les ondes et autres mass-médias. Qui sera  cru par le plus grand nombre, et cela n'est pas littérature? En tout état de cause, cela n'est pas la réalité plus qu'un roman, ni qu'une donnée économique!
C'est  souvent de la propagande, à laquelle adhère un grand nombre.

 Alors pourquoi la littérature a-t-elle si mauvaise presse de manière générale ?

Car elle l'a au pays des experts rétheurs divers: politiques ou économistes, grands dirigeants, ou actionnaires majoritaires.

De fait,  ces derniers aimeraient être aussi propriétaires des mots, terminologies  dont ils détournent le sens,  dont ils usent et abusent.   
Parce que la plupart des Lettrés font ce que je fais: ils relèvent le sens des mots usurpés, ils soulignent l'incohérence des discours, en  un verbe   : ils dérangent.
Les lettrés    dévoilant le jeu des excrospertsde tout poil ceux-ci répliquent depuis un certain nombre d'années avec une propagande qui fonctionne : "les intellos n'ont pas les pieds sur terre, les intellos nous fatiguent etc...

ah oui?  ah bon plus que excrosperts? 

Et... au fait, comment fait-on passer une idée dans uen masse populaire? Comment fait-on passer une campagne éléctorale ? 
Comment construit-on les discours et les harangues qui font et défont les financiers et  l'économie?

Par Eo-InvEniO Communication - Publié dans : Eo-InvEniO Stratégie - Communauté : MARKETING
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Mercredi 8 avril 2009 3 08 /04 /Avr /2009 10:01

Mais au fait qui sont les deux personnes citées hier? Gervais Hélène Cahprentier, et Marceline Desbordes-Valmore?


1- Vous dire que Marceline Desbordes-Valmore est poète et conteuse n'apporte pas grand chose!
2- Si j'ajoute que Gervais-Hélène Charpentier fut l'un de ses éditeurs, ça devient déjà plus intéressant.
3- Si je vous dit que la première fut l'amie d'Arago, amie de Lamartine, etc...admirée par Rimbaud (plagiée ensuite aussi par le même Rimbaud  cela vous aide un peu ? 
 Le feuilleton continue !



Au  XIX ème siècle, le feuilleton  était aussi couru qu'écrire sur son blog au XXI ème siècle.


Gervais Charpentier naît le 2 juillet 1805 à Paris. Il est issu d’un milieu aisé et cultivé de magistrats picards et, si de prime abord il se destine à la carrière militaire, sa passion du livre l’emporte. Il choisit alors de travailler comme commis-voyageur (c’est-à-dire représentant) pour les éditeurs parisiens. En 1824, il entre chez Charles-Joseph Panckoucke, l’éditeur des philosophes des Lumières : Diderot, Buffon, Rousseau, mais aussi celle d’Arnaud Berquin, l’un des premiers auteurs « pour les enfants »[1].

Après une fâcherie sans importance, le jeune représentant quitte Ladvocat et monte son premier « cabinet de lecture »[2] ; puis, avec l’argent gagné, il s’installe comme libraire au Palais Royal en 1828. L’ambitieux jeune homme veut être éditeur. Il le devient, en publiant les œuvres de Chateaubriand. Toutefois, le métier est plus complexe qu’il ne le pense. Pour lui, un bon ouvrage publié se vend sans peine, et c’est armé de cet a priori qu’il connaît ses premiers déboires éditoriaux : il perd 8000 francs avec cette édition invendue. Cette somme s’ajoute aux frais fixes dus qui s’élèvent à 48 000 francs. Dès ses débuts dans le commerce de la librairie, son passif atteint rapidement 63 019 francs[3] ; pour un dirigeant d’entreprise, cette somme représente une lourde dette. Fin 1830, la faillite de Charpentier en tant que libraire est avérée[4], mais le futur éditeur ne s’en émeut guère : il songe déjà à sa maison d’édition. Il fait preuve d’une audace incroyable, d’une ténacité hors du commun et de très belles idées à mettre en œuvre. S’il est raillé par ses confrères, son opiniâtreté le servira car il cheminera sans se soucier des ragots. Il possède une idée très précise de la politique éditoriale et artistique à insuffler à sa maison.

Dans la première moitié du XIXe siècle, Gervais Charpentier est un jeune blanc-bec qui n’a peur de rien ni de personne. Les liens qu’il tissera avec Marceline Desbordes-Valmore, son premier grand auteur, révolutionneront le monde de l’édition. Pour elle, il créera « l’à valoir », il appliquera les droits d’auteurs, et il décidera, en s’associant avec des éditeurs étrangers, de créer la vente de droits et d’organiser la diffusion à l’international à une époque où la contrefaçon d’ouvrages fait rage. Parallèlement, il inventera sa « bibliothèque » éponyme. Charpentier, représentant, apprend à connaître les publications qui se vendent bien auprès des marchands. 

En 1831, avec très peu de moyens, Charpentier monte sa maison d’édition éponyme. 

1.1- Création de la maison d’édition Charpentier 

En 1831, Gervais Charpentier[5] est peu connu dans le milieu éditorial. Pourtant, il possède une excellente connaissance du fonctionnement des maisons d’éditions parisiennes. Gervais Charpentier sait ce qu’il publiera plus tard. Il connaît bien la réussite des parutions pour enfants d’Arnaud Berquin[6], un auteur qu’il admire pour son écriture et surtout pour son audace éditoriale. Il est admiratif du succès de la parution mensuelle L’Ami des enfants, pré-vendue grâce à une souscription[7]. Si Charpentier est un adepte des berquinades[8], il est avant tout ébloui et captivé par le savoir-faire de l’écrivain et publiciste d’envergure qu’a été Arnaud Berquin. De son côté, Marceline, qui ne connaît pas encore Charpentier s’inspire déjà du style de l’auteur pour écrire ses contes. Elle imite le réalisme parfois sensuel, mais souvent dur et sans pitié, avec lequel Berquin décrit le petit monde des enfants[9].

Dès la création de sa maison, Charpentier prévoit une perspective évolutive à courte échéance. En homme d’affaires avisé, il envisage son essor artistique et économique. Aussi, pour la développer de façon pérenne, désire-t-il réaliser la prouesse de Berquin. Il veut cibler de nouveaux lecteurs-acheteurs. En ce début de XIXe siècle, il aimerait conquérir l’enfant lecteur par le biais de ses parents, qui sont les réels acheteurs. Pour attirer ce nouveau lectorat, il crée donc Le conteur, une parution mensuelle. De plus, il désire fonder sa « bibliothèque », il aimerait qu’elle soit à l’image de celles de Panckoucke et de Ladvocat :

Avec la création de la Bibliothèque Charpentier en 1838, il est à l’origine d’une véritable révolution technique, commerciale et éditoriale […]. La Bibliothèque Charpentier entend « fournir à l’histoire ses classiques modernes » : elle fait la part belle aux auteurs du mouvement romantique[10] […]

S’il sait ce qu’il veut, il sait aussi ce qu’il refusera : vivre avec faste et éclat. Il exclut de finir ruiné comme Ladvocat, son ancien employeur. Dès les débuts de sa maison, le jeune éditeur se montre donc peu dispendieux. Toutefois, en 1830 il subit une faillite. Cette année est celle dont il se souvient tout au long de sa carrière comme celle de son premier et unique dépôt de bilan : 

Il [GC] a dû déposer son bilan en 1830, avec un actif de 34 885 francs et un passif de 67 019 francs dus à Paulin, Barba et surtout Ladvocat envers lequel il est redevable de 42 073,50 francs. Il a selon ses comptes, perdu 8000 francs dans l’édition des œuvres de Chateaubriand, mais il obtient finalement que sa dette soit annulée en Août 1831[11]

Une fois sa créance effacée, Charpentier monte sa maison d’édition, et il souhaite devenir un éditeur connu.

 

1.2- Les risques conjoints des débuts

La rencontre entre Charpentier et Desbordes-Valmore est aussi le résultat d’un événement malheureux : celui de la crise de la librairie. À cette époque Marceline Desbordes-Valmore crée de courts écrits moraux comme ceux parus avec succès au XVIIIe siècle. Après l’épisode rouennais, où les rumeurs à son encontre (sa production littéraire porterait malheur) ont été rudes, elle désire à nouveau être éditée pour résoudre ses problèmes financiers. Charpentier ne peut et ne veut pas trop payer ses écrivains. Le premier contact entre l’éditeur et la poète se réalise par l’intermédiaire de Jacques Arago, homme de lettres et ami des Valmore, qui écrit à Amable Tastu :

 J’ai donné un volume [de L’album du jeune âge] à Monsieur Carpentier (sic.) pour quelque argent qu’il a bien voulu m’offrir.[12] 

En 1832 est signé le premier contrat entre Gervais Charpentier, éditeur encore peu connu des libraires et de ses pairs, et l’auteure, peu vendue à ce moment. Cependant, s’il rémunère parcimonieusement Marceline, il la publie et lui paie régulièrement son dû. Toutefois, dès 1833, avant son second séjour lyonnais, se lisent dans leurs échanges les premières récriminations de la part des Valmore. Ils les adressent par l’intermédiaire d’Arago en souhaitant que Charpentier réagisse. L’objet de leur ressentiment est le « mauvais paiement » du livre intitulé Mes pleurs édité par « Carpentier » :

Le 6 janvier 1833

          Mon cher Arago,

Marceline est tellement affairée qu’elle me charge de vous répondre. Elle vous remercie mille fois du traité conclu par vous qu’elle approuve dans tout son contenu ; seulement elle vous dit en confidence qu’elle avait compté sur la somme entière pour remettre les 500 F. […] Mr Charpentier a oublié de spécifier les 25 exemplaires gratuits qui reviennent à Marceline. Elle désirerait un mot signé de Mr Charpentier qui le lui assurât. De plus elle exige que les épreuves lui soient soumises. Ainsi voilà les trois articles sur lesquels elle insiste et qu’elle vous prie d’exiger de Mr Charpentier.

        Il s’est trompé sur le titre, le voilà tel que Marceline l’a pensé :

Les pleurs et non Mes pleurs. [13]»

 Dans cet extrait, malgré une situation financière difficile, la poète se montre exigeante en affaires, oubliant le contexte dans lequel ce premier contrat a été signé[14]. Néanmoins Charpentier accepte ; il aime le style des poésies. Il souhaiterait aussi publier des contes. Il croit au succès de Marceline Desbordes-Valmore. Malgré les tensions dues à leur orgueil réciproque, il pressent combien leur association peut être intéressante. Aussi pour préparer commercialement la vente des Pleurs, Charpentier demande-t-il à son auteure d’écrire à Alexandre Dumas. Il voudrait que ce dernier préface le recueil. Dumas accepte volontiers car il connaît et admire la poésie bordésienne. De plus, les deux écrivains entretiennent une relation amicale.

Charpentier, en éditeur et publiciste averti, sait quelle est la valeur artistique de Marceline et quelle est sa place particulière dans le milieu littéraire de cette époque. Il expérimentera aussi une nouvelle manière d’entreprendre l’édition de livres. Marceline Desbordes-Valmore n’a jamais craint la nouveauté pour écrire des poèmes : 

Elle avait bien quelques exigences en matière d’écriture, un regard réflexif et critique sur sa propre pratique, mais elle s’est toujours abstenue de toute déclaration d’intention, ne voulant ni désarticuler l’alexandrin, ni mettre le bonnet rouge au dictionnaire, ni tordre le cou à la rime[15].

Marceline Desbordes-Valmore écrit ce qu’elle ressent et elle reste discrète. Néanmoins, ses exigences artistiques et littéraires, si humbles puissent-elles paraître, représentent indéniablement une force et un atout. Ce sont des qualités qui séduisent Charpentier. C’est donc bien la sincérité avec laquelle elle écrit qui force l’admiration de ses contemporains.

Tous les écrivains admirent la puissance poétique de l’auteure et sa discrétion. De Sainte-Beuve à Victor Hugo, les pairs de Marceline sont prêts à l’aider. Gervais Charpentier le sait, et il en use. Cependant, leur collaboration va au-delà ; elle se transforme en amitié[16]. De façon exceptionnelle, l’éditeur « présenté comme le plus mauvais caractère de Paris, traitant auteurs et libraires sans ménagement[17][...] » accepte toutes les demandes faites par l’auteure, comme pour Les Pleurs. Grâce à ses réponses souvent positives aux demandes de la poète[18], son catalogue éditorial s’étoffe de nouveaux titres. En 1833, trois ouvrages de Marceline Desbordes-Valmore sont publiés chez Charpentier : 

Le catalogue (1833) annonce la publication de Isolier ou le droit d’Aînesse, 2 vol. et Trois jeunes filles, Veillées des Antilles, 1 vol., - deux volumes de La Veillée des Antilles avaient déjà parus en 1821.[19] » 

Charpentier publiera le plus souvent possible l’auteure. Il connaît l’état de ses ressources. C’est la raison pour laquelle, le 5 décembre 1833, elle lui adresse une demande peu conventionnelle. En effet, elle voudrait retirer du catalogue ses « pièces » pour pouvoir les revendre à un autre libraire. Cette requête inattendue sera suivie d’autres, tout aussi peu communes : 

Il faut que vous soyez assez bon, Cher Monsieur, pour venir causer avec nous. Vous connaissez la gravité de notre position et je sais l’intérêt que vous y prenez. Me laisserez vous sans en être blessé contre moi, disposer de la vente du Droit d’Aînesse, et aussi des trois nouvelles des Veillées des Antilles ? Un libraire que je vous dois de connaître désire les acheter et demande une très prompte réponse[20].

Gervais Charpentier accepte.   

 

 

 En  1834, il  demande alors à l’auteure de compléter l’ouvrage, d’ajouter d’autres textes à destination des enfants. Il élabore ainsi le contenu du [Le] livre des petits enfans, leçons du premier âge. Cet ouvrage comporte deux innovations : il est publié dans un petit format et il ouvre la Bibliothèque Charpentier. Le premier aspect précurseur de cet ouvrage est son format : Charpentier veut publier de beaux ouvrages à l’attention de la cible la plus large possible. Il désire donner la possibilité d’accéder au livre au plus grand nombre de lecteurs potentiels. Ainsi pense-t-il avec beaucoup de pertinence la création de sa maison.
D’une part, l’éditeur se constitue une « écurie
[22] ». D’autre part, il calcule de près le coût de revient de ses livres. Il les souhaite le moins onéreux possible sans sacrifier la qualité matérielle des ouvrages. Cette politique artistique et éthique sert des fins toutes mercantiles. Il est indispensable d’aimer les écrits de ses auteurs pour savoir vendre leurs œuvres afin que l’entreprise devienne économiquement rentable : 

Homme de tempérament, de caractère irascible lorsqu’il s’agit de défendre ses intérêts en matière commerciale, Gervais Charpentier montre la voie de la modernisation de l’appareil éditorial. Ce rôle de pionnier est dû à sa vaste culture littéraire – nationale et européenne -, à son sens du commerce – qui va le conduire à innover de manière parfois excessive, mais toujours positive en matière des règles régissant alors l’édition – et à sa position « intermédiaire » dans le monde de l’édition[23]

Pour parvenir à ce résultat, il aura repris quelques idées laissées précédemment pour compte. C’est ainsi qu’il met en œuvre Les Conseils aux libraires[24] de Charles Nodier. Ce dernier demandait aux éditeurs de créer des « Bibliothèques choisies »[25]. En 1833, c’est ce que réalise Charpentier. Il crée de façon officielle ses premières « Bibliothèques » : 

Il s’agit […] pour Charpentier de composer une bibliothèque choisie ainsi que l’avaient précédemment constituée les libraires – collection de classiques grecs, latins, français ou italiens – avec cette nouveauté majeure : « Fournir à l’histoire littéraire ses classiques modernes ». Ainsi que l’écrira plus tard un des principaux collaborateurs de Charpentier, le but de la collection est d’extraire de l’ensemble de la production éditoriale des œuvres durables, « celles qui se recommandent par une solide valeur littéraire et morale, qui nourrissent l’esprit en le portant à la méditation et à l’étude », autant de valeurs qui guident Charpentier dans ses choix. Charpentier a donc le souci du « canon » dans l’ensemble de la production romanesque. Ces œuvres durables sont, pour Charpentier, celles des auteurs du mouvement romantique. Avant 1840, ils occupent une place très faible dans les librairies.[26] 

Charpentier débute, mais son exigence artistique est portée à son acmé. D’un point de vue financier et technique, il désire abaisser le coût de production du livre pour pénétrer un nouveau marché en ce qui concerne cette littérature ; tout en conservant, à l’instar des imprimeurs humanistes, des ouvrages « beaux à l’œil[27] », il est donc attentif au grammage et à la typographie. Gervais Charpentier désire mettre en œuvre d’autres idées novatrices pour le livre. Le fait de changer de papier, donc de format de pliure à la page, est en soi une découverte.

La modification du format des livres provient, d’une part, d’une nécessité financière et, d’autre part, de la publication du Livre des petits enfans, principalement destiné à de petites mains. Sans le vouloir, Marceline Desbordes-Valmore est à l’origine de ces transformations. Cependant, et bien qu’elle soit publiée par Charpentier dès 1833, le patronyme de Desbordes-Valmore n’apparaît dans les catalogues cités[28] par Isabelle Olivero que pour la recension bibliographique de 1842 : l’année de la première réédition de ses Poésies préfacées par Sainte-Beuve.

 

 En décembre 1835, après l’incendie de la rue du Pot de Fer, où Charpentier avait perdu plusieurs milliers de volumes, la poète lui écrit : 

22 décembre Lyon

« Je n’ai pas besoin de vous dire, Bon Monsieur Charpentier, que vous savoir malheureux est une chose qui aggrave mes peines, mais j’ai besoin de vous le prouver autant qu’il en est en mon faible pouvoir […] Si nous avions autre chose que les dettes de notre ancien directeur à payer sur notre travail, je vous enverrais de l’argent. Cette joie m’étant refusée, je vous envoie par cette lettre la quittance des derniers trois cent francs, que mon mari avait accepté pour les Nouvelles Anglaises  […] ». 

Le jeune éditeur fut profondément touché de cette offre naïve et généreuse. « Inutile de dire, a-t-il écrit, au dos de la lettre, que je refusai les 300 francs de cette admirable femme. »[29] 

D’une part, cette lettre prouve l’estime mutuelle que se portent Gervais Charpentier et Marceline Desbordes-Valmore. D’autre part, le nombre de leurs publications communes est de huit titres[30], et seule la réédition des Poésies reste référencée : 

   Entre 1833 et 1839, Gervais Charpentier publie tous les ouvrages écrits par Marceline. En 1836, il édite aussi une adaptation libre de nouvelles anglaises par Marceline Desbordes-Valmore : Le salon de Lady Betty, et autres nouvelles Gervais Charpentier désire « choisir ces œuvres [qui entrent dans ses bibliothèques] en fonction de critères moraux autant que littéraires [est] faire acte d’éducation[32] ». La valeur morale d’un ouvrage est l’un de ses critères de choix car, pour lui, le livre doit éveiller l’honnête homme :

Charpentier sélectionne les livres en fonction de trois critères : le plaisir, forcément lié dans son esprit à la méditation, et l’étude « pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire littéraire ». C’est uniquement de cette façon qu’il entend conserver au livre sa noble fonction. Le livre, le « bon livre », doit être « substantiel et profond, d’une grande et solide valeur.»[33]

La morale, la profondeur d’un écrit et le souci d’éduquer forment l’ensemble des préceptes moraux et éducatifs des contes de Marceline Desbordes-Valmore. De plus, pour Charpentier, une bibliothèque correspond aux critères suivants : 

 L’idée que Charpentier se fait d’une « Bibliothèque » ne s’arrête donc pas à un choix de livres. Instrument de la culture par excellence, la bibliothèque de l’honnête homme doit être le reflet de son bagage culturel. En conséquence, il affirme que ses choix ne seront pas guidés par la popularité d’un auteur, mais bien plutôt par ce qu’en diront les plus avisés de son temps[34].

L’entente entre l’éditeur et l’auteure est grande. Elle provient d’abord d’une vision commune de l’existence. Puis ils ont en commun la manière de concevoir l’objet comme le contenu d’un livre. Pour eux, ce dernier doit être un outil éducatif et imaginatif : il doit transposer le rêve, permettre d’accéder au savoir et initier à la vie.

Leurs métiers sont différents et complémentaires. Cependant l’un comme l’autre désirent ardemment pouvoir en vivre. À cet égard, tous deux inventent et créent l’opportunité et le besoin chez les lecteurs. En effet, ils ne se contentent pas d’écrire ou de publier, puis de vendre un écrit : ils désirent aller plus loin dans l’éducation. Pour que cela puisse être, le livre doit devenir un objet moins luxueux, donc moins onéreux. Grâce à son format, Gervais Charpentier peut abaisser le coût de ses ouvrages. Cela lui permet de les produire puis de les diffuser de manière massive[35] : 

Deux ans après le lancement de La Presse, soit en 1838, c’est sur le marché du livre que s’opère, et portée par un semblable esprit, une autre révolution : Gervais Charpentier fait paraître sous un format d’impression qui permet de concentrer le contenu de deux in-8° entre douze et quinze francs, le premier titre d’une collection de romans à succès à 3, 50 fr. le volume, qui en comptera bientôt quatre cents. C’est qu’il s’agit, sans doute de faire pièce aux pratiques de contrefaçons qui depuis la Belgique et la Suisse continuent d’inonder l’Europe d’ouvrages à bon marché aux dépens des éditeurs parisiens et de leurs auteurs. C’est aussi qu’il s’agit d’ouvrir au livre la voie royale du grand public en train de se dessiner et que les cabinets de lecture, dont le nombre est pourtant considérable dans les grandes villes, ne suffisent pas à alimenter en lectures de divertissement. L’extension et diversification du lectorat potentiel, qui coïncident avec divers progrès technologiques abaissant les coûts de production, ont très vite incité quelques éditeurs entreprenants à lancer sur le marché des séries de livre à bas prix. […] 

Mais c’est bien à Gervais Charpentier que revient le mérite d’avoir produit dans le monde du livre l’équivalent de la révolution que Girardin et Dutacq ont déclenchée dans le monde de la presse journalistique[36]

Les droits d’édition du premier recueil de contes de Marceline, Le Livre des petits enfans, semblent avoir été revendus aux « libraires Louis Hauman et Comp°.» à Bruxelles. L’ont-il réellement été ou les libraires belges se sont-ils octroyés le droit de reproduction de l’ouvrage (la contrefaçon) ? Grâce à sa biographie, on connaît les liens qui unissent Marceline Desbordes-Valmore à Bruxelles[37] : à cette époque Prosper y est en tournée. D’une part, connaissant ses besoins financiers et son désir de justice, il paraît peu vraisemblable qu’elle ait pu laisser réaliser une contrefaçon. D’autre part, cela paraîtrait encore plus invraisemblable de la part de Charpentier. En effet, par exemple, l’éditeur n’hésite pas un instant à attaquer Gosselin devant le tribunal pour contrefaçon. Charpentier, quant à lui, dénie la possibilité de publier Deux Faust qui est un autre titre pour le Faust de Goethe, lui-même annoncé au catalogue Charpentier. Le tribunal n’accède pas à la requête de Charpentier ; toutefois chaque fois qu’il le jugera nécessaire, l’éditeur ira devant le tribunal pour défendre ses droits : 

Ces épisodes judiciaires illustrent le rôle joué par Charpentier pour imposer dans le monde du livre la figure et les pouvoirs de l’éditeur[38].

Pour ces raisons, entre autres, il semble que les droits du Livre des petits enfans aient été revendus. Un ouvrage contrefait change peu ou prou de contenu, voire de titre, comme pour le Faust de Goethe. Les parutions française et belge du Livre des petits enfans sont identiques : les pages de garde sont semblables, outre le patronyme de l’éditeur et le lieu d’impression. Aucun terme rédigé par Desbordes-Valmore n’a été transformé. La vente des droits de Charpentier aux libraires Hauman semble une hypothèse plus vraisemblable que celle de la contrefaçon. Si c’est bien le cas, il convient de souligner combien ce fait reste rare, comme le rappelle Bernard Edelman[39] :

[…] La liberté d’expression [lui] permettait en tout état de cause de [le] reproduire […] cette lecture pouvait se recommander de la formule de l’article II de la déclaration des droits de l’homme, selon laquelle « tout citoyen peut parler, écrire et imprimer librement sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.[…] On pouvait donc soutenir que tout citoyen pouvait imprimer librement les ouvrages d’autrui[40].

Les libraires Hauman et compagnie respectent la première version publiée dans le pays d’origine de l’auteure. L’apport de l’éditeur Charpentier se perçoit dans le respect de la typographie de l’impression belge. En effet, Gervais-Hélène Charpentier a dû veiller aussi à cet aspect, lui-même ayant déjà acheté des ouvrages en vue d’une réédition. Il sait qu’en réimprimant les contes et en changeant le format d’édition, la qualité du papier et les caractères d’imprimerie s’en ressentent. Il est donc probable qu’il demande, s’il en revend les droits éditoriaux à l’étranger, que l’on préserve la qualité des ouvrages de « sa Bibliothèque[41] » : 

Dans le format in-18 Jésus [dit Jésus Velin ou format Charpentier] l’espace typographique est rentabilisé au maximum de ses possibilités. Il ne faut pas perdre de place, c’est sans doute ce qui porte ses contemporains à qualifier les éditions charpentier « d’éditions compactes ».

La nouveauté consiste en effet dans la capacité de matière que ce format peut contenir tout en donnant une édition de qualité, une véritable édition « de luxe » selon les premières critiques de la presse, et de ses collègues, tel Werdet[42]

 L’éditeur veut sauvegarder la qualité de son invention, et sans doute aussi préserver un mode éditorial révolutionnaire qu’il aura initié et mis au point, qui est actuellement appelé « le capitalisme d’édition[43] », selon l’expression de Jean-Yves Mollier. 

 Cet aspect capitaliste paraît déranger Francis Ambrière qui, dans Le Siècle des Valmore[44], dépeint Gervais Charpentier comme un homme de peu de scrupules, épuisant l’auteure. Francis Ambrière résume en une phrase - une partie - de la réalité de la situation : « Il fallait bien que Marceline se montrât docile et qu’elle s’acquittât envers lui avec la même exactitude qu’il avait mise à honorer ses dettes[45] ». La situation paraît banale. En revanche, au début de cette partie, j’ai souligné un autre aspect de la relation de l’auteure avec ses éditeurs : Marceline Desbordes-Valmore ne se montre pas spécialement docile à leur égard, tant elle est peu rigoureuse. Le libéralisme de Gervais Charpentier n’entre pas en compte dans leurs relations. En effet, l’éditeur accepte et comprend la fatigue récurrente de l’auteure provoquant ses



[1] Né à Bordeaux, Arnaud Berquin (1747-1791) est d’abord précepteur des enfants de Charles-Joseph Panckouke. Pour cet éditeur, il devient un traducteur qui se permet des adaptattions libres des textes qu’il considère comme dignes d’intérêt. C’est ainsi qu’il crée, en janvier 1782, la première revue pour enfants, L’Ami des enfans, pour laquelle il s’inspire de Der Kinderfreund (de Christian Félix Weisse), dont il publie quelques extraits. Le premier tome de la revue est publié chez Pissot et T. Barrois, puis directement vendu par souscription « Au bureau de l’Ami des enfans ». Écrivain prolixe, et éditeur florissant, Berquin donne une suite à L’Ami des enfans : le Livre de famille ou journal des enfans pour servir de suite à L'Ami des Enfans et des Adolescens, vendue au bureau de L’Ami des Enfans (1791). Dans le premier numéro de L’Ami des enfans, Berquin avait expliqué à ses lecteurs sa ligne éditoriale :

« Cet ouvrage a le double objet d’amuser les enfans, et de les porter naturellement à la vertu, en ne l’offrant jamais à leurs yeux que sous des traits aimables. Au lieu de ces fictions extravagantes et de ce merveilleux bizarre dans lesquels on a si long-temps égaré leur imagination, on ne leur présente ici que des aventures dont ils peuvent être témoins chaque jour dans leur famille. […] Intéressés dans tous les événemens, ils s’y abandonnent à la franchise des mouvemens de leurs petites passions. Ils trouvent leurs punitions dans leurs propres fautes, et leurs récompenses dans le charme de leurs bonnes actions. […] Il est inutile d’observer que cet ouvrage convient également aux enfans des deux sexes. […] On a cherché à répandre la variété entre les divers morceaux qui doivent composer chaque volume. Il n’en est aucun dont on ait d’abord essayé l’effet sur des enfans d’un âge et d’une intelligence plus ou moins avancé ; et on a retranché tous les traits qui sembloient ne pas les intéresser assez vivement […]. » Voir Avertissement dans L’Ami des Enfans, Paris, Barrois et Pissot, n° de l’année 1782-1783. Et « Avertissement de l’auteur » dans Œuvres complètes, l’Ami des Enfans, Paris, Auguste Renouard, 1803, tome 1. 

[2] Pour gagner de l’argent sur des ouvrages coûteux et peu vendus dans leur première édition, les éditeurs « tronçonnent » leurs parutions. Ils les découpent en plusieurs petits livres, proches de ceux vendus par les colporteurs, puis les vendent par souscription ou par un système d’abonnements. C’est ainsi qu’un ouvrage nouvellement paru devient une série de petits feuilletons. Bien que cela déprécie d’une certaine façon l’ouvrage, cela permet d’étendre sa diffusion à un public plus large de lecteurs moins fortunés, et d’un niveau social différent de celui qui hante les salons. Ce lectorat compose le public des « cabinets de lectures et cercles et sociétés ». Charpentier revend les ouvrages « tronçonnés » de Ladvocat. 

[3] Somme actuellement équivalente à environ 458. 000 euros. 

[4] Il n’est pas le seul : 1830 voit la faillite des grandes librairies, largement due à la censure en une période socialement trouble. Mais Charpentier verra ses dettes annulées sur la demande de trois de ses créanciers (cf. Archives de Paris, dossier du failli Gervais Charpentier, D11 U3 72). 

[5] Il a alors 27 ans. 

[6] Berquin (Arnaud), L’Ami des enfans, Paris, Barrois et Pissot, 1782-1783, 24 vol.

[7] Le prospectus annonce dès janvier 1782 les conditions d’abonnement : « La souscription est de 13 l.[ivres],4 s. […] Il paroîtra le 1er de chaque mois un volume de cet ouvrage ». Voir Martin (Angus), « Notes sur l’Ami des Enfans de Berquin et la littérature enfantine en France aux alentours de 1780 »,  dans Dix-Huitième siècle , Paris, Garnier, 1974, n° spécial Lumières et Révolution, p. 303. 

[8] « Si le terme de "berquinades" s’emploie encore et à tort pour désigner un écrit fade et lourdement moralisateur, a-t-on de nos jours une notion un tant soit peu précise de ce qu’étaient les œuvres d’Arnaud Berquin, qui a donné son nom à la terminologie de l’histoire littéraire ? », Martin (Angus), « Notes sur l’Ami des Enfans de Berquin et la littérature enfantine en France aux alentours de 1780 », op. cit., p. 301. 

[9] Et cela dès la fin du XVIIIe siècle. 

[10] Serrepuy (Virginie), Georges Charpentier (1846-1905), Éditeur de romans, roman d’un éditeur, Paris, École Nationale des Chartes, Sorbonne 3. 

[11] Op. cit., p. 195. 

[12] Lettre en extrait publiée dans Le siècle des Valmore, op. cit., t. 1, p. 429. 

[13] Lettre de Prosper et de Marceline Valmore à Jacques Arago, datée du 6 janvier 1833. Collection Favreuil, Bibliothèque municipale de Douai, photographie collection personnelle. 

[14] Sont soulignées les difficultés de Marceline et la crise de la librairie. 

[15] Planté (Christine), La petite sœur de Balzac, op. cit., p. 330. 

[16] « […] Merci d’avoir eu des pensées pour, nous, moi […]. Bon Monsieur Charpentier votre lettre m’a émue aux larmes. Vous êtes bon […] » Lettre autographe signée de Desbordes-Valmore à Charpentier, Ms. 1739-3- ref. catalogue bibliothèque de Douai. 

[17] Serrepuy (Virginie), Georges Charpentier (1846-1905), Éditeur de romans, roman d’un éditeur, Paris, École Nationale des Chartres, Sorbonne, 2005, p. 3. 

[18] Il accepte de lui payer d’avance les ouvrages à venir. 

[19] Marsan (Jules), op. cit., p. 147. 

[20] Marsan (Jules), op. cit., p. 148. 

[21] Olivero (Isabelle), L’invention de la collection, Paris, IMEC, 1999, p. 54. 

[22] Ensemble d’écrivains dont la ligne artistique et humaine est proche de celle de l’éditeur. Une écurie rassemble tous les auteurs ayant signé un contrat éditorial dans une même maison. 

[23] Olivero (Isabelle), L’invention de la collection, op. cit., p. 70. 

[24] Charles Nodier, Mélanges de littérature et de critique, Raymond, 1820, t. II., p. 372. 

[25] Des rééditions de textes peu connus ou oubliés, à l’usage du grand public.

[26] Isabelle Olivero, L’Invention de la collection, IMEC, 1999, p. 56-57. 

[27] Voir Philippe Renouard, Imprimeurs et libraires parisiens, Service des travaux historiques de la Ville de Paris, 1964, diffusion Minard, 378 p. Dans sa lettre de départ avant l’échafaud, Maître Antoine Augereau dit à son disciple et compagnon tout juste passé maître typographe Claude Garamond : « Fais, fais des ouvrages beaux à l’œil, lisibles par tous, comme notre maître Estienne nous l’a enseigné ». En 1512, A. Augereau et C. Garamond, jeune apprenti, étaient partis rencontrer à Venise Alde Manuce et Francesco Griffo, inventeurs de la lettre Aldine. Cette lettre cursive doit, selon Alde Manuce, « être caressante aux yeux ; visible et douce ». Francesco Griffo dit d’elle : « Je l’ai vue régulière, sobre, lisible, et cadrée en page, noir sur blanc » Voir la biographie consacrée à Maître Augereau et à Claude Garamond, Le Maître de Garamond, Genève, Bernard Campiche, 2005. Je souligne le fait que C. Garamond se soit souvenu, sa vie durant, des paroles de ses maîtres. Pour créer une lettre, il convient de se soucier du cadre, de l’espace, de l’empattement, de la lumière et, tout comme Léonard de Vinci, de penser l’homme à la lettre, c’est-à-dire de le replacer dans l’univers pour en saisir le détail.

[28] Olivero (Isabelle), L’invention de la collection, Paris, IMEC, 1999, p. 285-311. 

[29] Marsan (Jules), op. cit., p. 156. 

[30] Isolier ou le droit d’Aînesse, 1833. Une réédition des Veillées des Antilles, 1833. Une raillerie de l’amour, 1833. L’Atelier d’un peintre, scènes de la vie privée, 1833. Les pleurs, poésies nouvelles, 1833 (réédition revue et augmentée avec préface de Sainte-Beuve, édition connue sous le titre : Poésies de Madame Desbordes-Valmore, 1842 et 1860). Le livre des petits enfans, 1834 ; édité la même année chez Hauman, Bruxelles. Le salon de Lady Betty, Mœurs anglaises, 1836

[31] Voir Fonds de réserve des Archives éditoriales, Bibliothèque Nationale de France, Catalogues Charpentier : Catalogue 1844, p. 4, catalogue, 1845, p. 5, catalogue 1846, p. 6. 

[32] Olivero (Isabelle), op. cit., p. 58. 

[33] Op. cit., p. 59. 

[34] Op. cit., p. 58. 

[35] Voir à ce sujet : Mollier (Jean-Yves), L’argent et les lettres, histoire du capitalisme d’édition, 1880-1920, Paris, Fayard, 1988, p. 205. 

[36] Durand (Pascal), Glinoer (Anthony), Naissance de l’éditeur, l’édition à l’âge romantique, Paris-Bruxelles, Les Impressions nouvelles, 2005, p. 111. 

[37] Voir Ambrière (Francis), op. cit., t. 1 et t. 2. 

[38] Olivero (Isabelle), op. cit., p. 70. 

[39] Edelman (Bernard), Le sacre de l’auteur, Paris, Le Seuil, 2004.

[40] Op. cit., p. 376. 

[41] L’aura de la « Bibliothèque Charpentier » est telle qu’elle donnera à Louis Hachette l’envie de créer la « Bibliothèque des chemins de Fer » et à Michel et Calmann Lévy l’idée de scinder leurs parutions en « collections ». Voir Isabelle Olivero, L’invention de la collection, Paris, Imec éd., 1999. 

[42] Isabelle Olivero, L’invention de la collection, op. cit., p. 55. 

[43] Mollier (Jean-Yves), L’argent et les lettres, Histoire du capitalisme d’édition, 1880-1920, Paris, Fayard, 1988. Du même auteur voir Michel et Calmann Lévy ou la naissance de l’édition moderne 1836-1891, Paris : Calmann-Lévy, 1984. 

[44] Ambrière (Francis), op. cit.

[45] Ambrière (Francis), op. cit., t. 1., p. 448. 

Par Eo-InvEniO Communication - Publié dans : Littérature - Communauté : Conservatoires
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Mardi 7 avril 2009 2 07 /04 /Avr /2009 09:10

La Suisse après le G.20 ? on en parle enfin comme d'un paradis fiscal...

Certes, mais je puis aussi vous dire que cet Eden ne s'est pas constitué n'importe quand, n'importe comment. Voici quelques bribes éparses que j'ai cherchées au sujet de la « guerre » vécue par mon père. Je savais qu'il avait durant un certain laps été en Suisse. Je savais aussi qu'il y avait été en camp !
Si voulez voir son nom : il aparaît depuis trois jours sur un lien où il est écrit pudiquement


« Français ayant passés la frontière ! »


Regardez bien les patronymes des Français en question…
Mon père se nommait Raoul (Israël) Czarniak.
http://etat.geneve.ch/dt/SilverpeasWebFileServer/c_2007.pdf?ComponentId=kmelia106&SourceFile=1189759361634.pdf&MimeType=application/pdf&Directory=Attachment/Images/&logicalName=c_2007.pdf

 

 

ÉTÉ SUISSE

Des camps de détention en Suisse et surveillés par des Nazis ? Je demandais confirmation cet été à des Suisses dont, jusqu’à lors, je ne supposais pas même l’existence.

L’un d’entre eux, subjugué par l’œuvre d’une de mes amies peintre décida, tout à trac, d’écrire sur son travail pictural. L’autre est un voisin de ma belle sœur et de mon beau-frère. Ces hommes furent rencontrés lors de deux dîner différents en tout point. L’un se passait du côté de Manosque en haute Provence, autour d’une tablée composée de personnes sobres et drôles. L’autre se déroulait à Marseille, où co-existait assemblage hétéroclite avec des hommes bavards et bruyants accompagnés de femmes, pour la plupart d’entre elles, silencieuses et complexées.

Le premier repas se passe dans la bienveillance et la finesse des conversations ininterrompues. Pourtant, lorsque je demande à l’écrivain « pictural » et néanmoins professeur de philosophie, s’il a existé des camps de rétention en Suisse, son hésitation me répond avant lui.

– « Oui. Mais attention, ce n’était pas du tout ce que certains historiens essayent de nous faire croire ces dernières années. Ces jeunes professeurs et chercheurs semblent désirer mettre à bas la confédération helvétique avec des révélations à dormir debout. Si ces camps ont existés, ils n’ont rien de comparable avec ceux tels Auschwitz ou Birkenau ou d’autres encore. Ces endroits furent créés pour protéger les jeunes Juifs. »

Sa longue hésitation suivie de ses dires à la mauvaise foi bonhomme, me soufflent. Ce professeur de philosophie à la faculté de Lausanne me paraît aveugle et sourd car il a fait partie du gouvernement Suisse. J’accepte d’entendre sa valse hésitation à avouer ce qu’il pense réellement de ses congénères. Là encore, les juifs ont dérangés la belle organisation d’un petit pays aux verts pâturages et connu surtout pour l’air pur de ses sommets. Et non pas pour les relents putrides d’une politique passée, oubliée ou inconnue.

Le repas marseillais, contre toute attente, me livre plus de précisions. De ces agapes ridicules, une personne sort de l’ombre. Elle apporte des chocolats suisses en offrande à ses hôtes et à l’ensemble des convives. Un Suisse. Encore ? Je profite de cette curieuse coïncidence. Après avoir attentivement écouté ses palabres au sujet de son pays, ma question fuse tout comme sa réponse :

– « Bien sur qu’il y eut des camps de rétention ! Et, bien évidemment, surveillés par des nazis aux portes des habitations. Dans un pays neutre, celui où la croix rouge est née. Alors, imaginez un peu après avoir cru que Nestlé fabriquait du lait pour le bien-être de jeunes mamans et de leurs nourrissons, de manière philanthropique ; après avoir eu le scandale des banques suisses qui conservaient les trésors nazis, donc tous les biens spoliés aux juifs et que les suisses ont du rendre ; les pauvres apprennent qu’il y eut dans leur pays des camps. Vous savez je suis issu de la bonne bourgeoisie jésuite de Lucern. Vous imaginez la tête de mon père découvrant cela ? En fait il le savait mais pour lui, ce n’était que normalité. »

Normalité de la vie ? je m’interrogeais sur le sens de ce propos inepte quand l’ homme décida de parler argent et de l’indispensable opacité des comptes bancaires suisses. Pour plaisanter , bien sur, car ce repas se voulait placé sous l’égide du rire. Lourd, indigeste. Hélas enfin tant mieux, l’humour ne se décide pas c’est une tournure d’esprit. Quoique de « bonne éducation », cet homme s’est trahit en deux phrases. Parjure de la bienséance-démagogique. Aussi, bien que mon beau-frère m’offrit le panégyrique de son suisse voisin : musicien accompli, neurochirurgien à la retraite, cultivé, avec en prime un oncle diplomate [liste non exhaustive] rien ne change un propos malencontreux et révélateur.

Le terrible de l’humanité se compose d’hommes pantins, tel mon beau-frère, qui vivent leurs vies insipides au travers de leurs connaissances dont ils sont fiers. Ainsi ils les entretiennent dans leur toute puissance composée de pusillanimité meurtrière.

C’est de là d’où vient l’incurie humaine : de sa lâcheté et de son manque de bon sens qui croît de jour en jour. Par ce nombre grandissant de personnes éduquées civilement ou non, intellectuelles ou non, mais qui, pour la plupart d’entres elles, refusent de réfléchir et de prendre des risques. Pourtant ce Suisse marseillais paraissait a priori peu à sa place dans une tablée masculine stupide. Il l’était pleinement. Demain la guerre revient ? Le beau parleur marseillais dénonce tout ce qui lui semble de mauvais aloi. Pour rire.

J’entends ce leitmotiv actuel revenir : « On ne va pas se prendre la tête quand même avec des stupidités ? hein, vous êtes bien d’accord ? »

Mon non n’est pas entendu. Je me tais.

Étonnante inversion entre le suisse manosquin, d’apparente mauvaise foi, mais criant d’humanité et ce suisse marseillais plombé par son esprit jésuite et carabin.


J’en étais certaine ! Enfin il me semble évident de dire aujourd’hui : « j’en étais certaine » car je n’étais certaine de rien, mais avais une petite intuition quant à la dignité humaine de certaine personne et qui n’habite pas tout le monde. J’aurais du parier et en ce cas j’aurais gagné, quoi exactement ? Le plaisir de vérifier la fragilité d’un masque mal porté. S’il est mal porté, il tombe à terre et se brise, or certaines personnes imaginent les masques incassable. Mais celui-ci appartient au romancier inventeur qui seul sait le porter avec tenue.

Oui, ce fut évidemment le suisse manosquin qui m’apporta un début de réponse au sujet de la vie passée et méconnue de mon père. Dans un premier temps il le fit par l’entremise d’un livre offert. L’un de ses amis, historien de son métier, avait écrit sur les camps d’internés en Suisse. Surpris par le résultat inattendu de sa recherche l’homme écrivit alors un livre sur un camp dit « d’internement » qui s’est révélé, par les archives retrouvées, les témoignages et les correspondances mises bout à bout, être un camp d’extermination. L’honnêteté du suisse manosquin et son humanité le poussent à continuer la recherche (mea culpa ?) sans demande autre, de ma part, que celle formulée cet été.

Ses courriers électroniques, fréquents, donnent l’ampleur de son besoin de réparation à l’égard des exactions commises par d’autres dans son pays natal. Par lui, l’humain reprend place et droiture. Hier encore, je recevais l’un de ces courriers portant sur le sujet :

[…] J’ai continué à faire des recherches sur le sujet qui vous concerne. Un ami m’a dit que son père était surveillant dans un camp de Polonais en 39-45, où « tout se passait bien », il y a noué des amitiés. Il sait aussi que dans d’autres camps cela était moins bien, comme vous l’aurez lu dans le livre. Mon collègue historien Pierre Du Bois, qui enseigne aux Hautes études internationales à Genève, m’a signalé l’existence d’une fondation et d’un Musée à Rapperswil, consacrés aux relations entre la Suisse et la Pologne, où vous pourriez obtenir des renseignements : Polenbibliothek – Biblioteka Muzeum Polskiego – Polish Library Rapperswil, Bearbeiterin. Anna Piotrowski, Adresse. Bibliothek des Polenmuseums, Postfach 1251, 8640 Rapperswil, Suisse.

Le document attaché vous donne également quelques autres pistes.

Mais il est vrai que ce que les historiens vous apprendront ne répondra jamais qu’imparfaitement à la question infinie qui est la vôtre. L’écriture est alors une voie possible.

L’écriture comme libération. Encore faut-il savoir écrire et cela non plus n’est pas une grâce offerte à tous. Si je sais lire, je ne sais pour autant pas encore écrire. Difficile de réaliser semblable prouesse dans un monde où nos dirigeants nous font avaler des serpent de mer monétaires pour une friandise. Cela recommence, et l'histoire continue.
 

Par Eo-InvEniO Communication - Publié dans : Où va-t-on?
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Mardi 7 avril 2009 2 07 /04 /Avr /2009 08:27

Au XIXe siècle et particulièrement à partir de 1830, le destin des écrivains est étroitement lié à celui du marché du livre et donc de leurs éditeurs ; c’est particulièrement le cas de la poésie, qui est un genre peu prisé à un moment où le succès économique et littéraire est plutôt associé au feuilleton. Malgré ce contexte difficile, un jeune éditeur peu connu, Gervais Charpentier et une auteure dont la renommée a été entachée par des rumeurs, Marceline Desbordes-Valmore, tissent une relation éditoriale et amicale aussi privilégiée que fructueuse. Elle sera aussi orageuse. Leur collaboration permet de comprendre quels sont les rapports spécifiques animant l’histoire de l’édition française du début du XIXe siècle, comme celle de la littérature enfantine et de la poésie. En effet, la relation entre Marceline Desbordes-Valmore, écrivaine, et Gervais Charpentier, éditeur, révèle la nature des liens qui existent entre les domaines éditoriaux et artistiques dans ces années. À  cette période, le peuple se soulève au cours de la Révolution de Juillet et de celle de la Révolte des Canuts en 1834. En France, ces deux révoltes marquent un changement politique et social. En 1834, les pensées de l’auteure sont loin d’être centrées sur sa renommée littéraire. Marceline Desbordes-Valmore habite Lyon quand éclate la seconde insurrection des Canuts. À ce sujet, elle écrit à Charpentier : 

23 Avril 1834

Lyon

Cher Monsieur Charpentier,

C’est baigner son âme dans de l’eau-forte que de la replonger dans ces sanglants détails, à l’horrible semaine où nous avons vécu entre la mort et la mort, car elle était de tous côtés, sur les toits dans les rues, elle entrait par les caves et les habitants sautaient avec leurs habitants consumés. 

Gervais Charpentier s’inquiète pour la famille Valmore : Lyon est en proie aux incendies. La relation entre eux deux est déjà amicale, seules quelques tensions existent de temps à autre. Ces dernières proviennent inévitablement du même fait : Marceline est à court d’argent et demande à Charpentier de lui régler au plus vite son dû. Les problèmes financiers de Marceline laissent aussi présumer du fait que sans ce souci constant d’argent l’auteure aurait été moins prolifique.

 



Moissonnier (Maurice), La Révolte des Canuts, Lyon, novembre 1831, Paris, Éditions Sociales et Ouvrières, 1958.

Lettre autographe signée (et recopiée de la main de Francis ou de Madeleine Ambrière ?) fonds Ambrière, Bibliothèque municipale de Douai, MS1739. Photo collection personnelle.






Création de la maison d’édition Charpentier 

En 1831, Gervais Charpentier est peu connu dans le milieu éditorial ; pourtant, il possède une excellente connaissance du fonctionnement des maisons d’éditions parisiennes. Gervais Charpentier sait ce qu’il publiera plus tard. Il connaît bien la réussite des parutions pour enfants d’Arnaud Berquin, un auteur qu’il admire pour son écriture et surtout pour son audace éditoriale. Il est admiratif du succès de la parution mensuelle L’Ami des enfants, pré-vendue grâce à une souscription. Si Charpentier est un adepte des berquinades, il est avant tout ébloui et captivé par le savoir-faire de l’écrivain et publiciste d’envergure qu’a été Arnaud Berquin. De son côté, Marceline, qui ne connaît pas encore Charpentier s’inspire déjà du style de l’auteur pour écrire ses contes. Elle imite le réalisme parfois sensuel, mais souvent dur et sans pitié, avec lequel Berquin décrit le petit monde des enfants.

Dès la création de sa maison, Charpentier prévoit une perspective évolutive à courte échéance. En homme d’affaires avisé, il envisage son essor artistique et économique. Aussi, pour la développer de façon pérenne, désire-t-il réaliser la prouesse de Berquin. Il veut cibler de nouveaux lecteurs-acheteurs. En ce début de XIXe siècle, il aimerait conquérir l’enfant lecteur par le biais de ses parents, qui sont les réels acheteurs. Pour attirer ce nouveau lectorat, il crée donc Le conteur, une parution mensuelle. De plus, il désire fonder sa « bibliothèque », il aimerait qu’elle soit à l’image de celles de Panckoucke et de Ladvocat :

Avec la création de la Bibliothèque Charpentier en 1838, il est à l’origine d’une véritable révolution technique, commerciale et éditoriale […]. La Bibliothèque Charpentier entend « fournir à l’histoire ses classiques modernes » : elle fait la part belle aux auteurs du mouvement romantique […]

S’il sait ce qu’il veut, il sait aussi ce qu’il refusera : vivre avec faste et éclat. Il exclut de finir ruiné comme Ladvocat, son ancien employeur. Dès les débuts de sa maison, le jeune éditeur se montre donc peu dispendieux. Toutefois, en 1830 il subit une faillite. Cette année est celle dont il se souvient tout au long de sa carrière comme celle de son premier et unique dépôt de bilan : 

Il [GC] a dû déposer son bilan en 1830, avec un actif de 34 885 francs et un passif de 67 019 francs dus à Paulin, Barba et surtout Ladvocat envers lequel il est redevable de 42 073,50 francs. Il a selon ses comptes, perdu 8000 francs dans l’édition des œuvres de Chateaubriand, mais il obtient finalement que sa dette soit annulée en Août 1831

Une fois sa créance effacée, Charpentier monte sa maison d’édition:  il souhaite devenir un éditeur connu.


On a tout à apprendre de l'histoire pour comprendre le monde économique présent: la suite du feuilleton entre Gervais-Hélène Charpentier et  Marceline Desbordes-Valmore est pour demain! 

 

Il a alors 27 ans. 

Berquin (Arnaud), L’Ami des enfans, Paris, Barrois et Pissot, 1782-1783, 24 vol.

Le prospectus annonce dès janvier 1782 les conditions d’abonnement : « La souscription est de 13 l.[ivres],4 s. […] Il paroîtra le 1er de chaque mois un volume de cet ouvrage ». Voir Martin (Angus), « Notes sur l’Ami des Enfans de Berquin et la littérature enfantine en France aux alentours de 1780 »,  dans Dix-Huitième siècle , Paris, Garnier, 1974, n° spécial Lumières et Révolution, p. 303. 

« Si le terme de "berquinades" s’emploie encore et à tort pour désigner un écrit fade et lourdement moralisateur, a-t-on de nos jours une notion un tant soit peu précise de ce qu’étaient les œuvres d’Arnaud Berquin, qui a donné son nom à la terminologie de l’histoire littéraire ? », Martin (Angus), « Notes sur l’Ami des Enfans de Berquin et la littérature enfantine en France aux alentours de 1780 », op. cit., p. 301. 

Et cela dès la fin du XVIIIe siècle. 

Serrepuy (Virginie), Georges Charpentier (1846-1905), Éditeur de romans, roman d’un éditeur, Paris, École Nationale des Chartes, Sorbonne 3. 

Op. cit., p. 195. 

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